Ballonnements, flatulences, douleurs abdominales ou diarrhées sont des inconforts digestifs courants. Mais surviennent-ils après une consommation de lait, de produits laitiers ou de préparations à base de lait, type omelette au lait, pain au lait, crêpes… ? Si c’est le cas, il pourrait s’agir d’une intolérance au lactose. Surtout, ne vous lancez pas sans preuve dans un régime excluant tous les produits laitiers, au risque de développer inutilement des carences. Explications !
Qu’est-ce que le lactose et la lactase ?
Le lactose est un sucre, un glucide, que l’on trouve dans le lait animal et tous ses dérivés comme les yaourts, le fromage, le beurre, la crème, etc.
La lactase est l’enzyme qui nous permet de digérer le lactose.
À la naissance, les bébés sont largement équipés en lactase afin de digérer le lait maternel. Puis, au fil de la diversification alimentaire, le taux de cette enzyme tend à diminuer. Cette baisse de lactase se poursuit après la croissance et chez les adultes qui consomment de moins en moins de lait. C’est ainsi que progressivement certaines personnes digèrent de plus en plus mal les produits laitiers. On parle alors d’intolérance au lactose.
Que se passe-t-il en cas d’intolérance au lactose ?
La lactase a pour mission de dissocier le lactose (un disaccharide) en ses deux composants : le galactose et le glucose, deux sucres directement assimilables (des monosaccharides). Si cette enzyme est insuffisante, une partie plus ou moins importante du lactose n’est pas dégradée. Le lactose qui persiste dans le tube digestif est alors attaqué par les bactéries de la flore intestinale, il fermente, aboutissant à la production de gaz et de certains composants. Ces derniers sont à l’origine des symptômes de l’intolérance au lactose.
Symptômes de l’intolérance au lactose :
- ballonnements
- flatulences
- gargouillis
- douleurs abdominales
- diarrhées
On estime que 30 à 50% des Français seraient intolérants au lactose, mais à des degrés très divers. C’est ainsi que 8 intolérants sur 10 peuvent encore ingérer jusqu’à 12 g de lactose sans problème, soit un grand verre de lait sans risquer d’inconforts digestifs. En revanche, certains ne pourront pas dépasser les 7 g de lactose… Outre la quantité de lactose ingérée, de nombreux facteurs influent la sensibilité de chacun et notamment la vitesse de digestion qui varie selon la consistance des aliments lactés et la présence simultanée d’autres aliments (fibres, lipides).
De plus en plus d’intolérants au lactose ?
Certains diront qu’il s’agit là d’une impression, liée à une amélioration du diagnostic de l’intolérance au lactose. Mais on assiste également à une nette hausse des personnes revendiquant une intolérance non vérifiée en rapport avec la mode des régimes. Or il n’est pas souhaitable d’encourager sans raison avérée une alimentation sans lait ni produits laitiers, car cette éviction peut conduire à des carences nutritionnelles, notamment en calcium, potentiellement préjudiciables à la santé.
Que faire ?
Vérifiez si vos symptômes sont bien liés à une intolérance au lactose : éliminez pendant deux semaines le lait, les produits laitiers et toutes les préparations à base de lait et de ses dérivés (pains au lait, crêpes, gaufres, caramels, omelettes au lait, potages contenant de la crème, produits panés, sauces à base de crème ou de lait, etc.).
- Si vos troubles digestifs s’atténuent nettement, voire disparaissent, l’intolérance se confirme. Réintroduisez alors progressivement certains produits laitiers jusqu’à que les premiers signes digestifs réapparaissent. Vous savez alors que c’est votre seuil de sensibilité à ne pas dépasser (seuil de tolérance). Vous devez vous contenter de cette quantité de lactose dans votre régime alimentaire quotidien, sans la dépasser. Vous pouvez être amené(e) à utiliser une supplémentation en calcium en prévention de l’ostéoporose. Parlez-en à votre médecin.
- Si les troubles persistent, consultez votre médecin qui vous recommandera un test (test respiratoire : après une provocation orale on mesure l’hydrogène expiré, reflet de la fermentation du lactose non hydrolysé) et déterminera l’origine de vos inconforts digestifs.
Précautions
Dans tous les cas, n’hésitez pas à en parler à votre médecin, car l’intolérance au lactose peut aussi être liée à une maladie de l’intestin (maladie de Crohn, maladie cœliaque…). Certaines affections aigües, comme la gastro-entérite, peuvent s’accompagner d’une intolérance au lactose, mais passagère dans ce cas.
Enfin, les symptômes de l’intolérance au lactose peuvent se manifester chez les personnes ayant bénéficié d’une chirurgie bariatrique. Cette intervention est recommandée dans le traitement de l’obésité et consiste à réduire la taille de l’intestin, diminuant ainsi nettement les capacités digestives.
Surtout, ne vous privez pas sans raison valable de lait et de produits laitiers. Ce comportement est dangereux avec des risques de carences, alors que la grande majorité des intolérants peuvent s’autoriser des quantités plus ou importantes de lactose, tout dépend de la sensibilité de chacun !
Intolérance au lactose ou allergie aux protéines de lait de vache ?
L’allergie n’est pas une intolérance et vice-versa. D’ailleurs, l’allergie au lactose n’existe pas !
Les symptômes d’une intolérance au lactose surviennent dans les deux heures suivant l’ingestion de produits lactés et sont exclusivement digestifs. L’intolérance est liée à un déficit en lactase qui s’installe progressivement et dans la durée.
L’allergie, elle, implique une réaction du système immunitaire. En plus d’être digestifs, les symptômes sont cutanés et respiratoires, et se manifestent immédiatement après la rencontre avec l’allergène, ici les protéines du lait de vache. L’allergie impose une exclusion stricte de tous les produits laitiers, alors que chez l’intolérant, des quantités plus ou moins importantes sont autorisées.
Sources :
Deng Y. et al., Lactose Intolerance in Adults: Biological Mechanism and Dietary Management, Nutrients, 2015; 7 : 8020-35, DOI:10.3390/nu7095380.
Dzialanski Z, Barany M, Engfeldt P, Magnuson A, Olsson LA, Nilsson TK. Lactase persistence versus lactose intolerance: Is there an intermediate phenotype? Clin Biochem 2016;49:248-52, DOI:10.1016/j.clinbiochem.2015.11.001.
