La pyélonéphrite est une infection des reins fréquemment causée par une infection urinaire basse (cystite) mal soignée. Elle peut être aiguë ou chronique, avec des conséquences graves si elle n’est pas traitée rapidement. On dénombre environ 300 000 cas de pyélonéphrite chaque année en France, avec une prédominance chez la femme.
Le saviez-vous ? Les femmes sont 4 fois plus touchées que les hommes par les cystites en raison de la proximité entre l’urètre et l’anus, facilitant la remontée des bactéries.
Qu’est-ce que la pyélonéphrite ?
La pyélonéphrite est une infection bactérienne qui touche le parenchyme rénal et le bassinet, causée dans la grande majorité des cas par la bactérie Escherichia coli. Cette bactérie, naturellement présente dans la flore intestinale, peut remonter depuis la vessie via l’uretère jusqu’aux reins, en particulier si la vessie n’est pas vidée complètement.
On distingue deux formes cliniques de pyélonéphrite. La pyélonéphrite aiguë débute brutalement, avec une fièvre élevée, des douleurs lombaires et une altération de l’état général. La forme chronique est plus discrète mais insidieuse, souvent due à des infections récidivantes mal traitées ou à une anomalie des voies urinaires. A terme, elle peut entraîner une insuffisance rénale ou endommager les reins.
Symptômes et signes d’alerte
Chez l’adulte, les signes les plus fréquents sont :
- Douleur intense dans la région lombaire, généralement localisée d’un seul côté.
- Fièvre supérieure à 38,5°C et frissons
- Fatigue importante
- Brûlures urinaires, mictions fréquentes
Cas spécifiques : femme enceinte, personnes âgées, enfants
Chez la femme enceinte, les douleurs peuvent être confondues avec celles de la grossesse. Les douleurs lombaires provoquées par une pyélonéphrite peuvent être trompeuses, car elles sont fréquemment attribuées aux modifications posturales ou aux douleurs ligamentaires de la grossesse. Cela retarde parfois le diagnostic, alors même que le risque de complications est plus important dans ce contexte.
Chez les personnes âgées, le tableau clinique est souvent atypique : la fièvre peut être absente et remplacée par une altération de l’état général, une somnolence inhabituelle ou un état confusionnel soudain, souvent pris à tort pour une décompensation cognitive.
Chez l’enfant, et en particulier chez le nourrisson, les signes peuvent être très peu spécifiques : une fièvre isolée, une irritabilité marquée, une perte d’appétit ou des vomissements répétés sont parfois les seuls indicateurs d’une infection rénale sous-jacente. Dans ces trois cas, la vigilance des proches et la rapidité de la consultation sont essentielles pour limiter les risques de complication.
Signes de gravité nécessitant une hospitalisation
Une hypotension, des troubles de la conscience, des vomissements incoercibles ou fièvre persistante malgré un traitement antibiotique sont des signes de complication ou de forme sévère. Ces manifestations doivent conduire à consulter en urgence et justifient souvent une hospitalisation.

Causes et facteurs de risque
Origine bactérienne : rôle d’Escherichia coli
Escherichia coli est responsable de 70 à 90 % des cas de pyélonéphrites. Naturellement présente dans la flore intestinale, cette bactérie est capable de remonter les voies urinaires jusqu’aux reins. Cette ascension est facilitée par la présence de fimbriae, de fines structures en forme de poils qui lui permettent de s’accrocher à la muqueuse urinaire.
D’autres agents pathogènes, bien que moins fréquents, peuvent également être en cause : Proteus mirabilis, Klebsiella pneumoniae, Enterococcus faecalis ou encore Pseudomonas aeruginosa, notamment dans des situations particulières comme les infections nosocomiales, les patients immunodéprimés ou en présence d’une anomalie des voies urinaires.
Facteurs de risque individuels
Certains facteurs individuels augmentent le risque de pyélonéphrite.
- Les anomalies anatomiques comme les malformations des voies urinaires ou reflux vésico-urétéral facilitent la remontée des bactéries vers les reins.
- La présence de calculs rénaux ou tout autre obstacle à l’écoulement normal des urines crée une stagnation favorable au développement de l’infection.
- La grossesse, en raison de la pression exercée sur les uretères et des modifications hormonales, constitue aussi une période à risque.
- D’autres situations comme le diabète, l’immunodépression, les infections urinaires récidivantes ou la prise récente d’antibiotiques déséquilibrent la flore microbienne et affaiblissent les défenses naturelles, facilitant l’apparition de l’infection rénale.
Gestes qui augmentent le risque
Le risque augmente si la vessie n’est pas vidée après un rapport sexuel, en cas de mauvaise hydratation ou de traitement interrompu. Des gestes simples peuvent alors limiter les risques : bien s’hydrater, uriner régulièrement, vidanger complètement sa vessie (surtout après un rapport sexuel), respecter scrupuleusement les traitements antibiotiques.
Diagnostic de la pyélonéphrite
Le médecin commence par une évaluation ciblée des symptômes : douleurs, frissons, fréquence urinaire, antécédents. Cet interrogatoire permet alors de suspecter une pyélonéphrite. Le diagnostic repose ensuite sur l’examen cytobactériologique des urines (ECBU), qui permet d’identifier le germe en cause et choisir l’antibiotique adapté. Des analyses sanguines complémentaires aident à évaluer la gravité de l’infection en analysant la CRP et les globules blancs, marqueurs d’inflammation.
En cas de doute ou de forme compliquée, des examens d’imagerie sont prescrits (échographie, scanner) pour repérer un calcul rénal, une anomalie des voies urinaires ou un abcès.
Traitements
Le traitement de la pyélonéphrite aiguë repose sur une antibiothérapie ciblée, orale ou injectable, selon la gravité, pendant 7 à 14 jours. La prescription est adaptée au germe identifié par l’ECBU, selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé.
Une hospitalisation est nécessaire dans les formes sévères ou à risque (femme enceinte, obstruction urinaire, immunodépression). Dans ce cas, l’antibiotique est administré par voie intraveineuse et un drainage peut être envisagé.
Pour éviter les récidives, la prévention est nécessaire et repose sur une bonne hygiène de vie : hydratation abondante, miction post-rapports, complétion du traitement. Des compléments comme le D-mannose, la canneberge ou les probiotiques peuvent être envisagés sous contrôle médical.
Questions fréquentes
Quand consulter rapidement ?
Il est nécessaire de consulter dès l’apparition de douleurs lombaires, de fièvre au-dessus de 38,5 °C ou de troubles urinaires inhabituels. Chez les personnes à risque (femme enceinte, enfant, homme, personne âgée), il est impératif de consulter rapidement afin d’éviter les risques de complication.
Comment différencier une pyélonéphrite d’une cystite ?
La cystite est une infection basse, sans fièvre, localisée à la vessie. La pyélonéphrite touche les reins et s’accompagne de fièvre, douleurs lombaires et altération de l’état général.
Peut-on soigner une pyélonéphrite sans antibiotiques ?
Non. Les traitements antibiotiques sont indispensables. Sans eux, le risque de complication est important.
Est-ce que la pyélonéphrite est contagieuse ?
Non. L’infection provient de la flore intestinale du patient lui-même. Elle n’est pas transmissible.
Quel est le temps de guérison d’une pyélonéphrite ?
En moyenne 7 à 10 jours pour les formes simples. Les cas graves peuvent nécessiter plusieurs semaines de traitement et de surveillance.
Sources :
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NCBI – Pyelonephritis: Diagnosis, Treatment and Complications
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Haute Autorité de Santé – Prise en charge des infections urinaires de l’adulte
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PubMed – Clinical features and management of acute pyelonephritis
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Cochrane Library – Antibiotics for acute pyelonephritis in adults and children
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Société Française de Médecine d’Urgence – Consensus 2018 : Pyélonéphrite fébrile de l’adulte

